Mon histoire où... l'origine de ma passion.

Si je me réfère à mes souvenirs d’enfance, avec toutefois une réserve sur la précision de l’année, c’est vers 1969 que mon attirance pour les engins de travaux publics s’est déclarée, bien que je puisse retrouver des souvenirs encore plus anciens, en ce qui concerne le terrassement et la construction des infrastructures de la réserve d’eau de la ville de Marseille « le vallon Dol », entre 1967 et 1971.

Mais revenons en 1969. Dès l’âge de 5 ans et des poussières, commence pour moi une histoire d’amour… une passion !
J’aurais très bien pu ne pas « adhérer » ma vie entière à cette passion, du moins jusqu’à ce jour, m’y intéresser quelques temps et puis m’en détourner en grandissant, phénomène assez courant. Mais ce qui est peut-être encore plus fréquent, c’est que lorsque l’on est marqué très jeune par quelque chose, il y a de fortes chances pour que cela dure toute une vie.
Heureusement pour moi, ce fut le cas.

Pourquoi les engins de travaux publics ?

Eh bien tout simplement parce qu’a l’époque j’étais un spectateur privilégié, je dirai même, au balcon, et sans jeux de mots. En effet habitant dans le 14ème arrondissement de Marseille, au deuxième étage d'un HLM, de mon fameux balcon j’avais une vue imprenable sur un vaste chantier : la Z.U.P n°1 (Zone Urbaine Prioritaire). J’assistais aux travaux de terrassement, à la livraison des premières tranches des deux cités HLM appelées : « les Iris et les Flamants ».

 Pourquoi Caterpillar plutôt qu’une autre marque ?

Je ne sais pas, du moins, je l’ignorais à l’époque, car avec le recul je m’aperçois vite que Caterpillar est le leader mondial en matière d’engins de travaux publics. Il est donc peut-être logique qu’il soit plus représenté que les autres sur les chantiers.
J’ajoute qu’avec le même recul, je trouverai plus tard les engins de cette marque plus « gracieux » à mes yeux, que ses concurrents.

Le regard sur tout ce chantier, du début jusqu’à la fin, reste et restera pour moi une école sans équivalent.
J’étais trop jeune à l’époque pour comprendre les lois mécaniques et physiques qui s’appliquent sur les machines que je regardais travailler, techniques que j’apprendrai plus tard. Mais néanmoins du haut de mes 5 ans passé je commençais à me poser des questions dues à mon émerveillement.
L’émerveillement…chose magnifique ! Ne rien comprendre mais se poser des questions :
Comment ça marche ? Pourquoi ça marche ?

Pourquoi par exemple le « bang » de l’ouvrier qui tape avec sa masse, retentit une fois qu’il a tapé ?...vitesse du son, eh oui ! Pourquoi lorsque le moufle d’une grue, mu par son inertie, balance, il le fait très lentement, alors que le mien en miniature balance très vite ?...masse et dimension !

Je possédais en effet à l’époque une grue rudimentaire de quelques éléments « Meccano », montée par mon père bien sûr, étant trop jeune pour le faire moi-même.Toutes ces questions restaient sans réponse et l’interrogation était déjà constructive. Mais pour le moment, j’étais encore enfant et je restais donc dans l’ignorance et la magie.

Comme sur beaucoup de chantiers, deux étapes se déroulèrent sous mes yeux :

1) le terrassement.

Exécuté par l’entreprise Rapetto, avec son ballet de camions Berliet tournant autour d’un chargeur sur pneu 922 Caterpillar ou peut-être 944 (je suis aujourd’hui dans l’incapacité de préciser lequel de ces deux engins) et de deux bulldozers Caterpillar, dont :
- un premier de petite taille équipé d’une timonerie latérale de lame,
- un second de plus grande taille. Là également, mes souvenirs restent dans le flou en ce qui concerne le modèle exact de ces deux tracteurs.

2) la construction des bâtiments, avec :

- deux premières grues à tour Richier (pour l'instant, car les autres immeubles auront chacun leur grue).
- deux camions grues, munis de flèches de tailles différentes : jaune pour la plus petite et noire pour la plus grande.

Tout ceci regroupe à quelque chose près et toujours de mémoire d’enfant, une grande partie du chantier, mais bien sûr l’inventaire est loin d’être complet, je ne peux noter uniquement que le matériel qui a marqué ma mémoire. Je savourais donc l’intégralité du chantier dans son avancement. Je me plaisais à regarder les grues à tour travailler et les immeubles qui se montaient suivant des techniques que je ne comprenais pas encore. Ça ne faisait rien, tout cela me comblait. Mais je dois avouer que, le matériel utilisé sur ce type de chantier, tel que les grues, me fascinait moins que le travail de terrassement pourtant moins spectaculaire.

Pourquoi ? Parce que ce dernier, plus terre à terre, est beaucoup plus bruyant. Le vrombissement des différents moteurs tels que : chargeur sur pneus, bulldozers, camions etc… sont plus excitants que la construction des bâtiments qui s’exécute grâce aux grues à tour haut perchées mais silencieuses. Ce terrassement reste si je puis dire, « l’acte » qui me fait serrer mes petits poings d’enfant autour des barreaux de la rambarde de mon balcon. Trop petit pour aller voir ce spectacle de plus près, j’attendais, je guettais la moindre personne adulte ayant assez de patience pour m’accompagner au pied de ce grand chantier qui me faisait vibrer. De temps en temps mon frère, plus âgé que moi de 8 ans et demi accomplissait cette tâche. Il faut dire que lui aussi était un peu attiré. Mais c’est le dimanche après midi que mon vœu s’exauçait grâce à mon grand père paternel qui lui, débordait de patience. Mais bien sûr le dimanche tout était au repos, plus de bruit, plus de mouvement, mais cela n’était pas grave, je pouvais voir enfin de près ce que j’avais entendu toute la semaine.

Voir ce que j’avais entendu ? Eh oui !

Faute d’avoir les mouvements et les différents bruits de mécanique, par conséquent ne pouvant pas concilier les deux, je me contentais d’une vision inerte et cela donnait lieu à des mystères supplémentaires. Mais cela ne faisait rien, pépé m’avait emmené voir les bulldozers et c’était la chose principale.
Cependant, j’ai encore à l’esprit et de façon assez précise, des moments pendant lesquels le chantier tournait et j’étais avec mon pépé, mais de là à préciser quel jour de la semaine !

Aujourd’hui pas mal de souvenirs sont agréables à consulter dans mon cerveau, tel une bibliothèque.Pour tout dire il suffit que je pense à certaines images pour les voir s’animer comme par exemple le moufle d’une grue à tour, descendant à vide, oscillant lentement dans l’air sous l’effet combiné de l’orientation et de la descente, tout cela pour aller chercher sa charge. Plus impressionnant, encore, toujours sur une grue à tour, voir le bout de la flèche plonger dans le vide lorsque celle-ci décolle du sol, le benne à béton pleine.
Sentir une odeur particulière de brûlé à base d’huiles et de palettes en bois que l’on retrouve sur les chantiers, surtout l’hiver lorsque les ouvriers veulent se réchauffer.
Revoir ce chargeur sur pneu Caterpillar, cette série de machine ne comportant pas de châssis articulé, braquer les roues arrières, afin de pouvoir tourner. Je revois parfaitement sa silhouette. Il était équipé d’une cabine, avec un pare-brise à deux faces formant un léger angle autour d’un couvre joint central, le tout recouvert d’un toit blanc. Comme je l’ai écrit plus haut, mes souvenirs restent vagues en ce qui concerne le modèle : 922 ou 944 ?
Mais lorsqu’on est enfant on ne fait pas attention aux chiffres qui désignent le modèle d’un engin, en revanche les formes, les silhouettes sont des choses qui restent très précises dans la mémoire.
Tout ceci semble peut-être des détails futiles ?...Mais à mes yeux ils ont une importance capitale.
Oui !...Tout ceci je le vois, je le sens avec un peu d’émotion et beaucoup de tendresse. Je retourne sur les chantiers actuellement avec la même passion, mais ce n’est pas pareil. Je ne retrouverai jamais les mêmes sensations, avec des machines quelque peu similaires, et c’est tant mieux ! Je préfère garder ce magnifique souvenir d’enfance, car la vision de l’enfant que j’était en 1969/1970, n’est pas la même que maintenant. En vieillissant, on ne voit pas les choses de la même façon.
J’ai grandi, j’ai mûri, la magie et l’émerveillement de l’enfance ne se sont pas estompés ; ils sont toujours là, mais ils se confondent avec mes connaissances d’adulte et ont du coup, quelque peu changé ma vision.

Mais aujourd’hui, je pense que je peux l’affirmer : depuis cette époque, je suis et je reste un passionné…peut-être même pas si adulte que ça, encore un peu enfant ? Quel bonheur !


Noël 1967 : « Un camion grue…super ! »

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Pourquoi avoir choisi le maquettisme ?

Il est toujours difficile d’expliquer pourquoi nous faisons tel ou tel choix, surtout avec du recul. J’aurais très bien pu avoir une toute autre démarche, celle d’un collectionneur de modèles du commerce par exemple, ou bien faire des photographies de chantiers, ou encore exécuter des dessins d’art d’engins en pleine action, etc…
Mais rendons à César ce qui appartient à César, c’est-à-dire à mon père.
Ce père qui étant très attiré par les navires réels et le maquettisme, nous a entraîné malgré lui, mon frère et moi sur sa trace. Pour ma part il m’a fait découvrir beaucoup de choses telles que le musée de la marine, la construction de maquettes plastique en kits du commerce…bref, tout ce qui se rapporte à la miniaturisation.
Il est donc normal que je suive cette trace, sans doute par mimétisme… ?
Car je dois préciser par ailleurs que malgré les découvertes que je viens de citer, mon père ne m’a jamais rien inculqué de gré où de force en matière d’enseignement. Il m’a laissé une liberté totale. Il est bien évident que lorsqu’à l’époque il travaillait sur ses modèles, de mon coté inconsciemment il m’arrivait de le regarder faire. Aujourd’hui il nous arrive souvent à tous les deux, d’échanger nos opinions et nos impressions, mais nous travaillons chacun de notre côté et sur notre propre travail. Ceci répond aux interrogations des regards extérieurs « Travaillent-ils ensemble tous les deux ? ».
Etant donné qu’un père ayant toujours plus d’expérience que son fils, il est de bon ton de penser et c’est normal, que le plus ancien aide le plus jeune, d’autant que mon père réalise de très belles maquettes et ce toutes faites à la main.

Cela dit, voici comment je résume tout ceci.
Je suis passionné avant tout par les engins de travaux publics grandeur nature comme je l’ai expliqué plus haut. Le maquettisme est pour moi une traduction, une expression par rapport aux vraies machines. Je n’ai jamais appris de quelqu’un ni d’une école, une pédagogie et une discipline sur le travail manuel.
Sur le plan des détails et de la recherche de perfection d’une maquette, un seul lieu m’a apporté beaucoup. Il s’agit du musée de la marine de Marseille. Les modèles exposés m’ont enseigné une certaine philosophie de travail à adopter. Aujourd’hui, j’applique volontiers cette philosophie. Et pour récompense, maintenant il m’arrive de recevoir des compliments sur mon travail avec une phrase qui revient très souvent : « Mais comment faites-vous tout cela ? ». Cette question est à la fois touchante et très valorisante pour moi.
Et bien il n’y a aucun secret. Pour moi l’amour et le travail sont à la base de tout. Bien sûr étant plus jeune je me testais aux fameux kits du commerce, mais cela ne dura pas longtemps. Très vite me vint l’envie de construire, de concevoir et de manipuler moi-même à ma guise les pièces de ma création ; cela fourmillait déjà en moi. Evidement, au début, les résultats n’étaient pas toujours très jolis ni très efficaces, mais ça ne faisait rien. Le principal c’est que j’apprenais en me trompant, je corrigeais ou recommençais et par conséquent, je pouvais me débrouiller tout seul. Et ça, c’est la plus belle chose que la vie m’a enseignée.

Tout ceci résulte de l’enthousiasme qui grandissait déjà en moi, sur mon petit balcon.

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Photos ci-dessous : Simple modèle réduit assez naïf, d’un camion Dodge 6x6. Il s’agit là d’une de mes plus anciennes réalisations. Elle a été construite en 1978, suivant la Pratique que j’adopte actuellement : celle du relevé de cotes dimensionnelles, effectué sur une machine réelle. Ce fut d’ailleurs la première fois que je pratiquai cette méthode. Ce modèle était à l’origine motorisé électriquement et filoguidé. Je l’ai restauré car il a pour moi une valeur sentimentale assez importante.

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Les instants magiques.

Quels sont pour moi les instants magiques ? Eh bien ce sont les moments où l’on peut voir enfin pour la première fois les engins qui nous ont tant fait rêver dans les livres ou même sur une simple photographie et par conséquent on n’a qu’une hâte, c’est les approcher. Peu importe le chantier, que ce soit sur une construction de route, de voie ferrée, une carrière, une mine à ciel ouvert, le passionné est toujours emballé. Ah oui ! Vraiment, la première approche est très importante, car comme dans beaucoup de domaines, on change d’univers en passant d’une simple photographie, qui est une vision à deux dimensions, à une vision réelle à trois dimensions. Ajouté à cela le bruit et les odeurs, montent alors en nous des sensations d’excitation, d’admiration etc… Ces dernières ne sont d’ailleurs pas forcément désagréables. Au contraire, elles sont motivantes et constructives.

La découverte du 992C .

Mais pour illustrer tout cela, voici un exemple de la découverte d’un engin. Ici c’est le chargeur sur pneus 992C Caterpillar dont il s’agit.

C’est en 1984 sur les quais du port de Marseille que j’ai vu pour la première fois ce chargeur sur pneus. Mon père qui travaillait à l’époque sur les quais, m’avait informé de la présence de cette machine. Enthousiasmé à l’idée de faire une nouvelle découverte, j’ai aussitôt saisi l’occasion de la voir de près. Mais cette approche n’a pas été seulement technique, elle fut aussi sentimentale si je puis dire avec une dose de curiosité très intense. Il fallait absolument voir cette grosse machine possédant un gabarit que je n’avais encore jamais rencontré. Il faut signaler au passage que le 992C était à l’époque le plus gros chargeur sur pneus de la gamme Caterpillar, il était donc assez rare de le rencontrer sur un quelconque chantier. D’ailleurs cette machine qui était en transit sur le port, était démunie de certains de ces équipements tels que la cabine et le godet, précisément pour des raisons de gabarit et de transport. Quelques clichés ont été faits car j’avais pris soins auparavant, de me faire prêter un appareil photo afin d’immortaliser la « bête ». Je me suis aussitôt documenté une première fois dans ma région, auprès de Bergerat Monnoyeur à Cabries près de Marseille, qui est le concessionnaire de Caterpillar en France. Ainsi sur le papier glacé des brochures commerciales, j’ai pu comparer, analyser les formes et les différentes pièces de cette machine que j’avais admirée succinctement. On peut remarquer pour cette première rencontre mon comportement plus enfant qu’adulte. Eh oui ! L’émerveillement (encore lui) revient toujours. D’ailleurs, sans lui et à mes yeux, aucune passion ne serait possible. Bon ! Cela dit, j’avais remarqué cet immense chargeur sur pneus. Bien et ensuite ?
Ensuite, il ne me restait plus qu’à le découvrir dans son univers habituel, car il m’avait séduit.
Je voulais aussi avoir une approche technique plus approfondis, peut-être pour en réaliser une maquette ? Je me mis en rapport avec d’autres centres Bergerat Monnoyeur à Paris, Nancy, etc…pour élargir ma quête et en apprendre plus sur cette nouvelle découverte.
Ainsi j’avais récolté beaucoup de documentations, mais celles-ci étaient destinées à des fin commerciales. Il y avait certes de jolies photos, mais rien qui pouvait être exploitable techniquement. Il me fallait absolument un jour ou l’autre aller sur place pour observer le véritable engin.
Ce n’est que quatre ans plus tard, en avril 1988 que je pris les renseignements nécessaires en retournant chez Bergerat Monnoyeur, à Cabries, pour connaître les endroits où travaillaient de tels engins. Quatre ans peuvent paraître longs. On peut se demander si j’étais toujours autant passionné ou attiré par ce chargeur ? Oh que oui ! C’est d’ailleurs pendant ce laps de temps que j’ai décidé de donner une réponse à l’interrogation citée plus haut « en construire la maquette ».
Donc après les renseignements précieux que j’avais récoltés, c’est à Fos-sur-mer et plus précisément dans l’usine Pechiney sur le quai minéralier, que se trouvaient cinq chargeurs sur pneus, un 992 et quatre 992C. Je me suis empressé d’aller y faire un tour. A l’époque je travaillais et c’est donc après mes huit heures de travail que j’ai pris ma Renault 8, muni des précieuses informations que l’on venait de me donner et j’ai parcouru les soixante kilomètres qui me séparaient de Fos-sur-mer.
Je n’ai pas eu grand mal à trouver ce fameux quai minéralier où se mêlent à la fois la couleur orange/marron de la bauxite et le noir du charbon.
Eh alors là... ! On peut réellement parler d’instant magique.
Ils étaient là ces fameux chargeurs sur pneus, stationnés après leur journée de labeur ; ils étaient inertes mais imposants. Peut-être parce que mon esprit les avait sacralisés, idolâtrés ? Je l’ignore. Toujours est-il que je redevenais le petit enfant sur mon balcon et j’étais aux anges ! D’autant plus qu’il n’y avait qu’eux et moi, personne à l’horizon, pas un bruit. J’avais l’impression qu’ils m’attendaient. Orgueil ? Peut-être ! Je pouvais m’approcher, sentir l’odeur du fuel, du caoutchouc des pneus qui avaient sans doute forcé, ripé sur le sol qui portait encore les empreintes laissées par les imposantes sculptures des pneus. Je caressais ces pièces de fonderie qui semblaient légères et prêtes à s’envoler. Elles paraissaient surtout destinées à mettre en valeur l’imposante silhouette de la stature de cet engin, elles étaient salies par les matériaux qu’elles transportaient toute la journée. Je n’avais plus aucune notion sur la réalité de la dimension de ces pièces, du moins pendant quelques instants. Puis le regard rationnel du passionné a repris le dessus, notamment en observant les balanciers de la timonerie du godet, le sommet de ces pièces qui s’élevaient à plus de trois mètres. En fait, leur grande taille correspondait à la puissance nécessaire pour un tel engin et leur masse était apparemment considérable. Cette silhouette correspondait bien aux photos des brochures que je commençais de collectionner. C’est que depuis quatre ans, je l’avais analysée, du moins avec la documentation que je possédais alors. Cela peut paraître inutile de comparer les silhouettes aux photos. Evidemment que tout était juste et précis, mais on retrouve là l’œil du passionné, je dirais même du critique qui recherche le moindre détail et s’il y a lieu, trouve des défauts. En fait je pense que ce comportement est purement psychologique : « la peur d’être déçu ! », mais mon regard et ma curiosité allaient de découverte en découverte ; j’étais agréablement dépassé par ce que je voyais. Curieux de voir la hauteur de la cabine, il fallait que je monte sur cette plate forme, à environ trois mètres du sol. Je découvrais maintenant toutes les parties hautes des pièces mécaniques qui révélaient une telle puissance. D’en haut, cela donnait une impression dominatrice sur tout ce qui se trouvait en bas. J’imaginais alors la machine en plein travail en regardant de poste de conduite et les différentes sensations que cela pouvait procurer (situation que je connaîtrais plus tard dans un endroit différent, en étant convié par un conducteur). Je redescendis et je fis plusieurs fois le tour de cette attraction.
Je n’ai pas pris beaucoup de mesures dimensionnelles ce jour-là, mais j’ai tout de même relevé la dimension qui me préoccupait en premier lieu sur un tel engin : celle des roues. Leur diamètre atteignait 2,70 mètres. L’usure du pneu me laissait penser qu’elles pouvaient être légèrement supérieures à cette dimension. Mon regard et mon impression n’étaient pas les même qu’en 1984 sur le quai du port de Marseille. D’une part j’avais ici plus de temps pour observer et d’autre part je m’étais beaucoup plus préparé à cette rencontre. Mais le soir tombait et il fallait repartir. Ce que j’ai fait, mais je savais maintenant où se trouvait le nid des oiseaux rares.
Revenir ? Ce n’était pas difficile mais en plus c’était indispensable pour faire un relevé de cotes dimensionnelles et pour constituer un dossier afin de pouvoir construire une maquette.
Je suis donc retourné de nombreuses fois sur les lieux, c’est-à-dire de 1988 à 1991, ne serait-ce que pour prendre des photos ou filmer des vidéos.
Voilà comment je peux expliquer les instants magiques vécus par un passionné lors d’une découverte et cela je l’imagine, dans n’importe quelle discipline. Car bien entendu je pense à tous les passionnés, férus, mordus etc… Peu importe le nom qu’on leur donne…
Tous les passionnés se ressemblent !

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Photos ci-dessous :
1984 sur le quai du port de Marseille, le fameux chargeur sur pneus 992C Caterpillar. Mon père que l’on voit sur les photos, donne l’échelle de cette machine.

     

Photos ci-dessous :
1988 Fos-sur-mer sur le quai minéralier. Devant cet engin enfin complet, équipé d’un godet
pour le charbon, c’est mon frère cette fois-ci qui donne l’échelle.

Mon frère, dans le godet à charbon, à l’abri d’une pluie fine et devant lui,
Ma Renault 8 qui ne semble pas être un obstacle, si ce chargeur décidait d’avancer !

 

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Merci à monsieur Jean-Louis ASTIER, correction grammaticale et orthographe.